En avril 1926, une petite ville du Pays basque français prend une décision qui va changer la vie de tous les automobilistes du monde. Bayonne instaure le premier stationnement payant de France : 2 francs la journée, 36 francs à l'année pour les résidents. Une idée née d'un problème concret, qui va traverser les océans et s'imposer sur les cinq continents.
Le parc automobile français passe de 100 000 véhicules en 1919 à 1 million dès 1930. En moins d'une décennie, les centres-villes se retrouvent saturés. Les rues, conçues pour des chevaux et des piétons, ne sont pas pensées pour accueillir des voitures stationnées plusieurs heures d'affilée. Les commerçants se plaignent : leurs clients ne trouvent plus de place. Les employés de bureau occupent les meilleures places dès le matin et n'en bougent pas de la journée.
Comme beaucoup de villes françaises de l'époque, Bayonne est confrontée à ce problème. Ce qui la distingue, c'est la réponse qu'elle choisit : tarifer l'espace plutôt que de l'interdire ou de le tolérer.
La réaction ne se fait pas attendre. Beaucoup crient au scandale, déclarant Bayonne comme une ville mendiante. Les situations paraissent ubuesques : des PV dressés alors que les usagers sortent leurs bagages, des verbalisations alors que les conducteurs s'apprêtent à payer. Ce qui frappe à la lecture de ces témoignages, c'est que les mêmes reproches sont formulés aujourd'hui, un siècle plus tard, mot pour mot.
La mesure résiste pourtant aux critiques. Elle est jugée suffisamment efficace pour ne pas être abandonnée.
Le 16 juillet 1935, le premier parcmètre au monde est installé à Oklahoma City, à l'angle de First Street et Robinson Avenue. C'est l'invention de Carl C. Magee, avocat et journaliste, chargé par la chambre de commerce locale de résoudre les problèmes de saturation du centre-ville. Le principe rejoint celui de Bayonne : payer pour occuper un espace public, limiter la durée de stationnement, créer de la rotation.
Les opposants considèrent que payer pour se garer est contraire aux valeurs américaines, une taxe déguisée sur leur voiture. Malgré cette opposition, les parcmètres sont installés et coûtent cinq cents de l'heure. Quatre ans plus tard, 100 villes américaines en sont équipées.
L'ironie de l'histoire veut que la France, pourtant à l'origine du concept, soit longue à généraliser ce qu'elle a inventé. Le stationnement payant ne se généralise en France que dans les années 60, avec les premiers parcmètres à l'aéroport du Bourget en 1960, puis à Nice en novembre 1967, et à Paris seulement en 1971. Soit 45 ans après Bayonne.
L'horodateur, invention française fabriquée à Besançon, est aujourd'hui installé dans 4 350 villes réparties dans 80 pays. Personne ne se souvient que l'idée est née dans une rue de Bayonne, un matin d'avril 1926, face à des conducteurs furieux qui trouvaient la mesure scandaleuse.
Cent ans plus tard, le débat n'a pas vraiment changé.
Publié le 06/05/2026